Programmation

Katherine Takpannie : Every Now and Then I Get a Feeling

Exposition

Artiste

Katherine Takpannie

Commissaire

Jason St-Laurent

Every Now and Then I Get a Feeling est la première grande exposition rétrospective consacrée à la photographie de Katherine Takpannie. Elle réunit des œuvres clés couvrant deux décennies de pratique, dont sa plus récente série, Urban Inuk, réalisée entièrement à Ottawa avec des membres de la communauté inuit locale.

Katherine Takpannie s’est imposée comme une voix marquante de sa génération, travaillant à la fois derrière et devant la caméra afin de revendiquer l’autorialité des représentations de la vie inuite contemporaine. Oscillant entre documentation et auto-mise en scène, sa pratique juxtapose des images de l’expérience inuite urbaine dans le Sud à des autoportraits saisissants et à des photographies de paysages réalisés dans le Nord. Dans ces œuvres, son corps devient un lieu de rencontre, ancré au cœur du territoire plutôt que placé en opposition à celui-ci, mettant de l’avant des questions d’appartenance, d’incarnation et d’autodétermination au sein des territoires hérités et habités par sa famille et ses ancêtres.

S’inspirant des systèmes de savoirs inuits, Takpannie fait référence à des récits de création datant d’avant la colonisation, selon lesquels les êtres vivants seraient issus du niaquqtaak, ces buttes de terre d’où émerge la vie. Ces récits présentent les femmes comme indissociables du territoire et comme porteuses de vie, ouvrant sur une responsabilité de protéger à la fois les femmes et l’environnement. En dialogue avec cette vision du monde, et à la lumière de recherches démontrant que la crise climatique exacerbe les violences basées sur le genre, l’œuvre de Takpannie appelle à une responsabilité collective envers le territoire — affirmant que les femmes doivent être traitées avec le même soin, respect et considération.

Tout au long de sa carrière artistique, Takpannie a souvent inscrit sa pratique dans des projets engagés qui reflètent ces préoccupations et mettent en lumière des enjeux sociaux parmi les plus urgents au sein des communautés autochtones au Canada, notamment les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, ainsi que la crise persistante du suicide chez les jeunes. Parmi ces projets, la série Our Women and Girls Are Sacred (2016–2020) se distingue : Takpannie y allume des fusées de fumée rouge dans des environnements naturels, créant des monuments privés et éphémères en mémoire des femmes disparues et assassinées, dont son amie et importante influence artistique, la regrettée artiste inuk Annie Pootoogook. Dans une autre œuvre, une photographie du frère de Takpannie, sur fond de paysage urbain brut, saisit un moment à la fois porteur d’espoir et tourné vers l’avenir. À la lumière de son décès par suicide en 2020, le titre de l’œuvre de 2017, Return if Possible, acquiert une résonance particulièrement poignante.

Dans la salle de projets de SAW, l’exposition propose le long métrage documentaire Inuuvunga – Je suis Inuk. Je suis vivant, qui présente des images documentaires réalisées par des adolescent·es du Nunavik arrivant à l’âge adulte dans un paysage culturel en profonde transformation. Produit par l’Office national du film du Canada en 2004, le film fait écho à plusieurs des thèmes abordés dans l’exposition de Katherine Takpannie. Dans le hall nord de SAW, le Labo nordique présente huit autoportraits réalisés par des artistes participant·es au programme NEXT pour les créateur·rice·s autochtones émergent·e·s, dans le cadre d’un mentorat avec Michael Peterson, directeur du studio de sérigraphie du Labo nordique, et le muraliste photographe Hugues Anhès, basé à Paris, qui a complété une résidence d’artiste à SAW à l’automne 2025 dans le cadre de l’initiative Art + Contestation de SAW.

Alors qu’Ottawa s’affirme comme un pôle majeur de l’art et de la culture autochtones, Katherine Takpannie s’inscrit parmi un groupe reconnu de photographes autochtones contemporains, dont Meryl McMaster, Barry Pottle, Jeff Thomas et Rosalie Favell. Every Now and Then I Get a Feeling offre une occasion privilégiée de découvrir l’œuvre singulière de Takpannie. Par sa photographie, elle cherche à déplacer les points de vue, à susciter l’empathie et à influencer le changement social, invitant le public à passer d’un regard passif à un engagement actif.

Jason St-Laurent, commissaire



Biographie de l’artiste

Katherine Takpannie est une photographe inuk urbaine née à Montréal, avec des racines familiales au Nunavut et des liens durables avec son territoire et sa communauté. Elle est diplômée du programme Nunavut Sivuniksavut à Ottawa, où elle a étudié l’Accord du Nunavut et sa mise en œuvre, la science politique, les méthodologies de recherche, les relations Inuit–gouvernement, les enjeux contemporains, l’histoire inuit et l’inuktitut.

Par sa pratique photographique, Takpannie met de l’avant des visions du monde inuites, en affirmant une approche de l’image ancrée dans la responsabilité sociale, la relationnalité et la communauté. La photographie constitue pour elle à la fois un outil critique et personnel, à travers lequel elle réaffirme son identité et réfléchit à son expérience vécue en tant qu’Inuk urbaine naviguant entre plusieurs territoires.

Le travail de Takpannie a été exposé à l’échelle nationale et largement publié. Parmi ses expositions récentes figurent des présentations au Musée des beaux-arts du Canada, à la Biennale d’art contemporain autochtone (BACA), à la Galerie d’art de Guelph, à Peel Art Gallery, Museum and Archives (PAMA), ainsi qu’à l’Olga Korper Gallery à Toronto. Son œuvre fait partie de collections publiques et municipales, dont la Collection d’art de la Ville d’Ottawa. Ses photographies ont été publiées dans Inuit Art Quarterly, Canadian Geographic et Canadian Wildlife. En 2020, elle a reçu le Prix nouvelle génération de photographes Banque Scotia du Musée des beaux-arts du Canada, qui détient également ses œuvres dans sa collection permanente.

À propos du Labo nordique

Le Labo nordique est une initiative de SAW en partenariat avec le Conseil des arts du Canada. Espace de recherche et de production pour les artistes des nations circumpolaires, le Labo nordique fait partie intégrante du centre de 15 000 pieds carrés de SAW au cœur d’Ottawa. En plus de programmes se déroulant à Ottawa, le Labo nordique crée des collaborations et fait la promotion d’échanges entre les communautés autochtones et non autochtones du Nord et du Sud et des partenaires en Scandinavie ainsi que d’autres nations circumpolaires.
 


Subventionnaires : Fondation communautaire d’Ottawa, Conseil des arts du Canada, gouvernement du Canada, Conseil des arts de l’Ontario, gouvernement de l’Ontario, Ville d’Ottawa

Partenaires : SPAO – Centre des arts photographiques, Ambassade de France au Canada, Olga Korper Gallery, Office national du film du Canada

Image : Katherine Takpannie, Amaama, 2023