Programmation

Corps politiques : Art et protestation face à l'État

Exposition

Artistes

Ai Weiwei (Chine), Jelili Atiku (Nigéria), Joseph Beuys (Allemagne), Risto-Pekka Blom (Finlande), Tania Bruguera (Cuba / États-Unis), Cassils (Canada / États-Unis), Zuleika de Souza (Brésil), Coco Fusco (États-Unis), Regina José Galindo (Guatemala), Guillermo Gómez-Peña (Mexique / États-Unis) et Gustavo Vázquez (Mexique / États-Unis), Marja Helander (Sápmi / Finlande), Istvan Kantor (Canada), Claude Latour (Canada), René Leboeuf (Canada), Cannupa Hanska Luger (États-Unis), Jacqueline Maingard (Afrique du Sud), Luis Manuel Otero Alcántara (Cuba / États-Unis), Seelan Palay (Singapour), Pussy Riot (Russie / États-Unis), Anthony Ramos (États-Unis), Crack Rodriguez (El Salvador), The Unbribables (Rena Rädle, Vladan Jeremić, Tony Maslić et Nikola Radivojević) (Serbie), Ulay (Allemagne)

Commissaire
Jason St-Laurent (Ottawa)

Commissaires adjoint·es
Hope Hamilton (Ottawa) + Mitia Combelles-Razafimamonjy (Metz, France)

Conseillère
Catherine Sicot (La Rochelle, France / Montréal)

Présentée par SAW avec le soutien d’Amnistie internationale et grâce aux généreux prêts des Archives gaies du Québec, de Louisiana Channel et de la Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada

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Corps politiques : Art et protestation face à l’État réunit 50 ans de performances et d’actions de protestation menées par des artistes qui confrontent le pouvoir gouvernemental, les forces de l’ordre et le contrôle exercé par l’État. À travers des documents vidéo, des installations, des photographies et des archives, l’exposition présente le travail de plus de vingt artistes et collectifs de partout dans le monde et met en lumière la force de la performance comme outil de résistance, de mémoire et d’engagement.

De nombreux artistes présenté·es dans l’exposition ont subi, en raison de leur travail, censure, harcèlement, représailles, arrestations ou emprisonnement, notamment Pussy Riot en Russie et Ai Weiwei en Chine, dont les détentions ont été largement médiatisées. L’exposition met également en lumière des artistes encore peu connu·es en Amérique du Nord, mais dont les pratiques ont joué un rôle important dans l’histoire de la performance dans leur pays, notamment Seelan Palay à Singapour, Jelili Atiku au Nigéria et Crack Rodriguez au Salvador. Abordant des sujets qui vont du génocide perpétré par Israël contre les Palestinien·nes à la commémoration du massacre de la place Tian’anmen en Chine, les œuvres présentées couvrent un vaste éventail de thèmes, avec un accent particulier sur les droits de la personne, la justice sociale et la protection de l’environnement. À travers ces différentes histoires et réalités politiques, l’exposition retrace les multiples formes qu’a prises la résistance artistique, des actions individuelles provocatrices aux mouvements collectifs et à la protestation publique.

Cette histoire trouve l’un de ses points de départ dans une performance d’Ulay réalisée en 1976, au cours de laquelle l’artiste dérobe Le Pauvre Poète de Carl Spitzweg — qui aurait été l’un des tableaux préférés d’Hitler — à la Neue Nationalgalerie de Berlin pour l’installer chez une famille immigrante turque à Kreuzberg, attirant ainsi l’attention sur ses conditions de vie et les inégalités sociales auxquelles elle était confrontée.

L’exposition présente également une nouvelle installation commandée à l’artiste Luis Manuel Otero Alcántara, récemment libéré d’une prison cubaine et contraint à l’exil aux États-Unis. En réaction au décret 349 — une loi visant à réprimer les voix artistiques dissidentes —, Otero Alcántara s’est imposé comme l’une des figures de proue du Mouvement San Isidro, un collectif d’artistes, de journalistes et d’activistes qui défend la liberté d’expression. Les membres du mouvement ont été victimes d’intimidation, de surveillance et de détentions répétées. Réalisée en partie alors qu’Otero Alcántara était incarcéré à la prison de haute sécurité de Guanajay, l’œuvre commandée intègre un enregistrement sonore récent effectué pendant son emprisonnement, faisant entrer dans l’exposition la voix de l’artiste et le sentiment intime de sa présence.

Une nouvelle installation de Cassils est basée sur sa performance Under Sight, au cours de laquelle iel a projeté dans le ciel nocturne, en code Morse, une sélection de 199 termes jugés « suspects » par l’administration Trump — parmi lesquels diversité, équité et ethnicité. Comme l’explique l’artiste, « C’est un signal de détresse », une stratégie visuelle de résistance face à des conditions sans cesse changeantes, marquées par une intensification de la censure et de la surveillance.

Parmi les autres œuvres phares de l’exposition figurent l’exploration par Coco Fusco des performances de rue novatrices de l’artiste JuanSí González, des photographies du Mirror Shield Project de Cannupa Hanska Luger, créé en soutien aux Water Protectors à Standing Rock, dans le Dakota du Nord, ainsi que le geste emblématique de défi d’Ai Weiwei envers les lieux du pouvoir politique dans Study of Perspective – Tiananmen Square, 1995–2003. L’exposition présente également une documentation de la performance participative Tatlin’s Whisper #6 de Tania Bruguera, dont la première tentative de présentation sur la place de la Révolution, à La Havane, a mené à sa détention par les autorités cubaines. De même, la performance de guérilla Punk Prayer de Pussy Riot, présentée dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, a entraîné l’arrestation de trois membres du groupe, qui ont ensuite été accusées de hooliganisme et condamnées à deux ans de prison.

Corps politiques comprend également une section qui explore comment des actions créatives et collectives peuvent devenir de puissantes formes de contestation. Photographe pour ACT UP Montréal au début des années 1990, René Leboeuf a documenté les grandes manifestations du groupe, alors que la communauté rendait hommage aux personnes emportées par le VIH/sida et dénonçait l’inaction des gouvernements. Le monumental projet social de Joseph Beuys, 7000 Eichen (7000 Oaks), amorcé en 1982 à Kassel, en Allemagne, avec 7 000 arbres, chacun planté aux côtés d’une pierre de basalte, continue d’inspirer de nouveaux projets qui mobilisent les communautés autour du changement social et environnemental. Le documentaire de Jacqueline Maingard réalisé en 1995 revient sur un moment charnière de l’histoire politique sud-africaine. À Dobsonville, Soweto, des femmes noires qui avaient construit leurs demeures sur un terrain vacant se sont dévêtues dans un geste radical de protestation afin d’empêcher la démolition de leurs habitations.

Corps politiques pose la question du rôle que peut jouer l’art lorsque les systèmes de pouvoir cherchent à réduire au silence, à contrôler ou à effacer toute dissidence. À travers des contextes politiques et sociaux très différents, l’exposition montre comment la performance peut donner une expression publique à la contestation, confronter l’injustice et ouvrir un espace à l’action collective.

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Subventionnaires  Conseil des arts du Canada, Ville d’Ottawa, Conseil des arts de l’Ontario, Fondation Trillium de l’Ontario, Fondation communautaire d’Ottawa, gouvernement du Canada, gouvernement de l’Ontario

Partenaires  Amnistie internationale, Vtape, Electronic Arts Intermix, Artengine et l’édition automnale du festival Pique

Prêteurs  Archives gaies du Québec, Louisiana Channel, Bibliothèque et Archives du Musée des beaux-arts du Canada

Image : Cannupa Hanska Luger, The Mirror Shield Project, 2016